La lavande menacée d'extinction
Publié le vendredi 14 août 2009 à 14H56 par La Provence.com À cause de la cicadelle et des changements climatiques, à Sault, les producteurs sont très inquiets
Demain, ils sont censés célébrer la petite fleur bleue lors d'une manifestation très parfumée. Mais derrière le folklore, les lavandiculteurs sont inquiets. Sur le plateau de Sault, la lavande, la vraie, celle qui ne pousse qu'à partir de 800 m, est en voie d'extinction. En cause, un phytoplasme, une petite bactérie qui vit dans les vaisseaux du végétal, véhiculée par un minuscule insecte: la cicadelle. "Cet insecte piqueur va jusqu'à boucher les canaux de sève de la plante. Le pied s'asphyxie et meurt", explique Maurice Constantin, agriculteur. Ces dernières années, les colonies d'insectes ont affaibli la plante. Si autrefois, les producteurs arrachaient et replantaient de nouveaux pieds en moyenne tous les 10 ans, aujourd'hui, c'est tous les 3 ans qu'il faut ensemencer. "Les cycles sont de plus en plus courts et les rendements diminuent d'année en année. Ma production est tombée de 40%", ajoute Maurice Constantin. Dans les champs, ce n'est plus le bleu qui domine. Conséquence de la contamination, la lavande n'a plus la même vitalité ni la même odeur. La fleur jaunit très vite après la coupe et ses grains deviennent gris. Et le pathogène n'est pas le seul à avoir entamé les plants et le moral des lavandiculteurs: le changement climatique y a mis du sien. Les sécheresses et les gels à répétition constatés depuis 2005 n'ont fait qu'accentuer les dégâts dans la plaine."Il n'y a plus le même air. On a gagné des degrés. L'hiver, il y a de la neige alors que la lavande a besoin de sols secs et froids pour se régénérer", poursuit le lavandiculteur. Ajoutez à cela la concurrence de la Bulgarie, de l'Ukraine et des Chinois qui se sont lancés sur le marché depuis plusieurs années déjà, et vous comprendrez qu'à Sault, on redoute que d'ici peu, les paysages de lavandes ne soient plus visibles que sur les seules cartes postales. Face à ce phénomène, depuis une décennie, des variétés clonales ont fait leur apparition. La lavande fine et la lavande aspic, quasi inexistantes, ont laissé place à des variétés sélectionnées, plus résistantes. "Mais ce n'est pas la panacée. Même les lavandes clonales meurent" concède le producteur. Quant aux traitements qui pourraient faire disparaître la cicadelle, ils sont longs à mettre en oeuvre et peuvent fragiliser une autre population, celle des abeilles. L'Onippam, l'Office national interprofessionnel des plantes à parfum, aromatiques et médicinales, basé à Volx (04) indique que peu de moyens de lutte existent: "Faire des boutures. Essayer de trouver par la sélection variétale des individus pour que les plantes soient plus résistantes, précise Claude Chailan, responsable de l'observatoire économique de l'Onippam, ou mettre au milieu des parcelles, des plants qui ne sont pas infectés par la maladie et qu'on élève sous des filets insect-proof, un filet assurant la protection contre les insectes". Des recherches sont aussi menées depuis une dizaine d'années par le Crieppam, le Centre régionalisé d'expérimentation en plantes à parfum (voir ci-dessous). Actuellement, aucun traitement curatif direct n'a été trouvé. Seules des méthodes prophylactiques permettent de retarder la contamination et d'améliorer les conditions de production de la plante. Alors sur le plateau, à l'image de François Hascoet, qui a fondé l'association L'aubier pour défendre l'environnement, on se met à penser que sauver la lavande pourrait devenir une grande cause nationale dont les politiques pourraient s'emparer. "Notre écosystème est fragile. Un jour, de la lavande, il n'y en aura peut-être plus. On est dans une époque où le vent tourne. Il y a eu un Grenelle de l'environnement. C'est une plante emblématique, il faut qu'on en profite". Il en va de l'avenir d'une profession, du tourisme et de tout un terroir.
Par Mélanie Ferhallad ( mferhallad@laprovence-presse.fr ) |